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Interview

Hadot le mystique sauvage.

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Philosophe et philologue, professeur émérite au Collège de France, Pierre Hadot publie «le Voile d'Isis», l'oeuvre d'une vie.
publié le 8 avril 2004 à 0h09

Considérant la philosophie comme une transformation de la perception du monde, Pierre Hadot n'a pas cessé de se parfaire lui-même en une existence féconde qui a connu plus d'un tournant inattendu. Il naît en 1922 d'un père autodidacte, qui deviendra fondé de pouvoir dans la maison de champagne Piper-Heidsieck, et d'une mère très pieuse, qui l'envoie au séminaire. Sur la trentaine, il quitte l'Eglise, se marie et entame une carrière d'enseignant et de chercheur à l'Ecole pratique des hautes études. Philosophe et philologue, Pierre Hadot a consacré ­ avant le Voile d'Isis ­ des ouvrages fondamentaux (1) à la pensée antique et traduit Plotin, Marc Aurèle et Epictète (2). En 1982, il est élu au Collège de France. Sa chaire, il la doit à Michel Foucault qui avait une influence certaine sur la vénérable institution. Aux prises avec le Souci de soi, le dernier Foucault cherchait à définir un sujet se déployant dans la communauté aimante des amis et il trouva quelques arguments dans la pratique philosophique des exercices spirituels qu'étudiait Hadot. Mais, pour ce dernier, le philosophe aspire à la transcendance, à une perspective universelle, et se méfie de toute esthétisation de l'existence, alors que seule l'immanence intéresse Foucault, et la discipline de soi vise chez lui à multiplier les plaisirs de singularités humaines irréductibles. Le malentendu est profond, mais il a néanmoins rendu possible une rencontre qui a changé la vie de l'un et l'oeuvre de l'autre.

Quarante ans s

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