taty lauwers

cuisinez selon votre nature

en quête d'un devenir-soi nutritionnel

La mouvance carnivore, un regard latéral (à partir d'un article de Bernard Bel sur le livre du dr Saladino)

19.9.22 Bernard Bel, du blog de veille scientifique lebonheurestpossible.org décrypte avec son talent habituel le livre du docteur Saladino : "The Carnivore Code". Il traduit des extraits du livre et les commente avec son esprit rigoureux, amateur de réalités scientifiques. Je m’adonne ici au commentaire des commentaires pour proposer une autre vision du régime carnivore.


billet lié à mon livre à paraître
"Retour à soi: la cure"


NB. La série de billets autour de la mode du carnivorisme se trouve dans le blog Cinglés de sucres. Fin 2024, la série contient S'écouter avant d'écouter les enthousiastes: le cas de la cure carnivore - Carnivore ou carnicentré? - Comprendre le succès de la cure carnivore malgré son excès - Carnivore: toujours pas trouvé de maître à manger - Carnivore: les risques de suivre une mode

Bernard Bel, du blog de veille scientifique lebonheurestpossible.org décrypte avec son talent habituel le livre du docteur Saladino : "The Carnivore Code". Il traduit des extraits du livre et les commente avec son esprit rigoureux, amateur de réalités scientifiques: Le décodage du livre de Saladino par Bernard Bel

Bernard propose aussi sur son blog la transcription en français de la longue entrevue de Saladino avec le dr Kresser. C’est cette entrevue dont je voulais relayer sur le site la transcription lue chez Kresser il y a quelques mois. Le relais traînait. Bien m’en prit puisque Bernard nous propose la traduction en français -- sous les applaudissements de la salle, mille fois merci à lui.

Je vous invite à lire l'analyse de Bernard, longue et touffue; puis à lire mes commentaires de praticienne de terrain multicartes, ci-dessous.


Microsommaire de mon article: Avant-propos: d'où je parle - Lien avec l'hypersensibilité - Des végétaux toxiques? - Ajouter du miel, des fruits? des laitages? - La grille de lecture en trois critères science / histoire / terrain - Les autres piliers de santé - Etudier une biochimie statique, l'appliquer à des systèmes dynamiques complexes - Les carnivores sont têtus, mais pas violents - Selon profil - Le juste milieu?

Avant-propos: d'où je parle

Mon intention ici est de poser mon analyse en contexte de Profilage alimentaire et de praticienne de terrain. Pour cela, je dois dire d'où je parle.

Je ne commente pas ici le livre du dr Saladino, que je n'ai pas lu et que je ne lirai pas. Je connais en effet mieux le carnivorisme que lui. Oh le culot! Facile pour moi: je ne m'empêtre pas de kilomètres d'études pour me justifier, j'analyse les mouvements diététiques avec un oeil pragmatique et un regard "respect de la biochimie de chacun". J'ai plus de 20 ans de recul sur ce type de régime, que j'ai pratiqué par périodes. J'ai eu le temps de vérifier les sources scientifiques des partisans, qui déjà en 2000 pointaient la toxicité du végétal pour leur profil et qui se référaient à des pans de notre histoire pour justifier le choix carni. En outre, je suis une athée en nutrition et je n'ai aucune intention de convaincre le clergé (les médecins). Que Saladino fasse ce travail, bravo! Ce n'est pas mon choix.

Toutes mes analyses sont axées sur le Profilage alimentaire, qui n'est pas une méthode, bien que certains référents la présentent comme telle. C'est une grille de lecture, sur le terrain, ce n'est pas une méthode scientifique. C'est un outil qui aide chacun à s'écouter (enfin!) et qui se base sur l'hypothèse que nous n'avons pas tous les mêmes réactions biochimiques.

Je commente donc ici la mouvance carnivore, à la faveur du livre de Saladino, car il faut bien une base. L'atout de ce livre: il réunit en un bouquin les sources utilisées par tant de pratiquants, sources qu'il faudrait picorer sur dix huit blogs sinon.

Bernard, quant à lui, fait un vrai travail de veille scientifique, documenté, argumenté, sourcé; et a recensé un livre particulier: celui de Saladino. On lira donc les remarques en prenant en compte ces deux postures différentes.

Au passage, tirons notre chapeau à Bernard: il n'a pas écrit un article, il a quasi fait un dossier entier sur le carnivorisme dans cette page. Où il traduit une partie des exposés de Saladino, en les commentant et en pointant vers d'autres sources. C'est un travail hyper documenté, très riche. A chaque fois que je parcours son site, je suis héberluée de la qualité de son travail. Ce blog est une école de discernement, pour nos petits jeunes parfois perdus dans la confusion informationnelle du jour.

Les lecteurs de mes livres ou de mes blogs ont déjà repéré le ton délibérément concret et familial, où j'omets les sources documentaires; et sans polémiques. J'ai les sources en main, je les vérifie et je les fais vérifier par des pros. Mais je n'encombre pas le discours avec des sources, dont on sait comment on peut les sélectionner au doigt mouillé.

Bernard et moi avons deux publics complètement différents, et deux intentions différentes aussi - même si on est quasi toujours d'accord sur le fond: nourritures vraies, exercice intelligemment mené, écoute de soi, multiples piliers naturo.

Pour rendre la lecture du billet encore plus aisée, j'ai ajouté les commentaires de Bernard sur mes propres commentaires. On dirait deux rabbins dis donc, c'est amusant.

Résumons: on aura besoin de Bernard pour des pistes documentées, raisonnées, sourcées; on aura besoin de mon contrepoint pour l'arrondi "profilage", càd l'individualisation, que ce soit au plan biochimique ou même psychologique.

Extrait de l’intro par BB:

« Mon objectif n’est pas de promouvoir un régime « hors-norme » basé (presque) exclusivement sur des aliments d’origine animale, mais plutôt de rendre compte de l’argumentation de Paul Saladino et du travail documentaire à l’appui. Car cet ouvrage cite plus de 700 références dans un format conforme aux normes académiques internationales — dont bien des auteurs francophones gagneraient à s’inspirer ! »

Je partage les appréciations de Bernard tout comme ses mises en garde face à l'excès de ce régime où l'on ne mange quasi que de la viande. Ouep. Rien d'autre! Aucun gourou n'avait jamais proposé dans le passé, avec succès, de se passer de TOUT végétal comme le font les dr Saladino et consorts (mouvance carnivore ou « zero-carb »). Cette piste n'est valorisée que depuis peu. Son succès fera long feu, mais pour l'instant c'est une vague aux States. J'imagine que les gens découvrent enfin le bénéfice de mon fameux régime rosbif/mayo, celui que je conseillais aux supercanaris et qu'une seule personne a accepté de suivre (à part moi): après 60 ans de malheurs, elle a vécu une résurrection! Puis s’est restructurée autrement, bien sûr.

Lien avec l'hypersensibilité

Depuis 2000, j'ai eu le temps de me faire un avis sur le carnivorisme, que je partage ici.

Je suis ce mouvement carni via depuis 2000 à peu près, plus récemment via les sites Zérocarb ou les mouvances Principia Carnivoria. An 2000: date à laquelle j'ai commencé à suivre toutes ces pistes "vegetable poisons and other stuff" (via le site d'Emma Davies, blog hélas disparu), car, à la faveur de l'épisode de RCUH en 2000, j'avais découvert que le plan Kousmine que je vantais tant dans mes livres ne m'allait pas, ou plus. Pire: je réagissais aux fibres dures et à quasi tous les végétaux. A l'époque, on zonait sur des forums, pas sur les réseaux sociaux (RS). Discussions aimables, informées, c'était un plaisir.

Qui sont les pionniers de ce système? J'ai conté l'histoire de "The Bear", premier médiatisé, où je présente aussi d'autres gourous du carnivorisme. J'ai suivi pendant des années les pratiquants via les sources susmentionnées. Si l'on prend une vision de haut, hors anecdotes, àA part The Bear, quasi chaque fois ces pratiquants sont :

* soit des extrémistes (ex véganes, par exemple) qui cherchent un autre extrême;

* soit, ce qui me touche plus, des cas atypiques, victimes de polymorphismes génétiques divers, très souvent victimes de maladies dégénératives type eczéma asthme déjà jeunes, souvent victimes de ce que j'appelle la "canaritude" (hypersensibilité à certains poisons modernes et à leurs clones moléculaires: certains végétaux).

A ce titre, ils finissent souvent en menu "boeuf et eau", parfois abats, ce qui est le programme conseillé par Esmée Lafleur de zerocarb (et qui n'est pas suggéré par Saladino et d'autres, voir remarque de Bernard). C'est bien normal: à force de régimes (bravo à eux pour leur courage), j'ai l'hypothèse qu'ils ont niqué leur système enzymatique (aucun bravo à leurs coachs en revanche). Certains ne métabolisent plus rien du tout, comme s'ils étaient des anorexiques en voie de guérison.

Le duo boeuf/eau ou agneau/eau est devenu mieux connu sous le titre de "Cure du lion", le terme qu'utilise la fille de Jordan Peterson, grande avocate de ce régime. Et, tiens, comme c'est curieux, on apprend par Peterson lui-même (dans ses cours à Princeton sur la psychologie, où parfois il utilise des exemples familiaux) que sa fille est malade et fragile quasi depuis sa naissance - ce qui est un des signes qui permet de repérer mes fameux "canaris de la modernité".

Bernard: "Il insiste sur l'importance d'un équilibre entre les apports de protéines et de graisses. Ça ne sera donc jamais être "bœuf et eau". La place des abats est par ailleurs centrale dans ce qu'il préconise, comme sources de graisses saturées de bonne qualité et de minéraux, vitamines A, B12, etc. Il ne propose pas de supprimer totalement les végétaux, uniquement en période de traitement (le 5e niveau). Au premier niveau on sélectionne seulement les végétaux selon leur toxicité, sachant par exemple que les fruits (y compris avocats et tomates) n'ont pas cette toxicité naturelle. Donc le "low-carb" ne fait pas partie de cette approche, même si on aurait tendance à le privilégier pour perdre du poids. Aucune restriction sur les fromages (de pâturage, affinés, au lait cru) sauf qu'aux USA il peut être difficile de s'en procurer de cette qualité. Il inclut aussi les œufs, ce qui n'a rien de surprenant, je n'ai donc pas jugé utile de le préciser. C'est directement lié à ses 7 pages sur le mythe du cholestérol."

Illustration du pouvoir carni chez les atypiques: c'est une cure d'élimination radicale des réactogènes.

Chez les atypiques que sont les "canaris", on omet les oeufs et fromages - surtout quand ils sont bio et de lait cru, un comble. Cela me fend le coeur de l''énoncer, mais c'est une observation sur le terrain. Pour un "canari" des mines de la modernité, l'expérience sur le terrain démontre qu'il y surréagissent. Je pense que ces produits ont trop de principes actifs, qui se comportent comme des toxiques chez lui et non comme des éléments bénéfiques. Les prendre en pasteurisé: inutile, car ils contiennent souvent des additifs qui les font flamber.

Chez les mêmes atypiques, exit aussi le porc, trop riche en amines qui vient chatouiller leur système mastocytaire, souvent défaillant. Idem pour les produits de la mer. On comprend qu'ils se limitent au boeuf et au mouton.

Bernard: (à propos de ceux qui voudraient pratiquer la cure carni en viandes blanches) Il serait   intéressant de souligner que les viandes "blanches" (volailles et porc) sont souvent trop pauvres en oméga-3 du fait de l'alimentation en céréales/légumineuses des animaux, même bio. Reconnaissons aussi que les amines du porc peuvent poser problème, bien que ce soit amplifié par le mode de cuisson. La rengaine "je ne mange plus que de la viande blanche" (fantasme de ce "rouge" qui évoque le sang) est un des choix les plus stupides dans des pays où l'on trouve à prix abordable du "bœuf" et de l'agneau nourris à l'herbe. Pour le porc (que nous consommons bien plus rarement), même en supermarché on trouve du porc "ibérico" élevé dans les pâturages du centre ouest de l'Espagne. Et tout près de chez nous en Provence il y a un éleveur qui fait la même qualité.

Je continue le raisonnement sur le choix carni/zéro-carb pour des "canaris": lorsqu'ils ont repéré qu'ils en sont, ils vont bien mieux quand ils accepent d'ôter de leur assiette les sauces à base d'huiles. En effet, les huiles VPPF sont désastreuses pour eux (principes actifs? salicylates? on cherche encore) et les huiles tout-venant sont un apport malvenu de BHT (antioxydant) auquel ils surréagissent aussi. Or, en carni, on surinvestit le beurre ou le ghee comme seul assaisonnement.

Détail: si j'en crois le résumé de Bernard, Saladino a tout faux dans sa liste de salicylates. A revoir. "Les aliments riches en salicylates comprennent les asperges, les amandes, les avocats, les cerises, les nectarines, les dattes, les mûres, les noix de coco et l’huile de coco, le miel, les tomates, les pommes de terre et les aubergines, bien que cette liste ne soit pas exhaustive." Ah si seulement c'était si simple, énonce la spécialiste des salicylates qui vous parle: et l'huile d'olive? et toutes les huiles VPPF? TOUTES les oléagineuses? TOUS les fruits? les thés? On remercie Saladino pour son travail de médiatisation, mais il a voulu trop prendre sur son assiette, à mon avis.

Réponse Bernard:"Il me paraît difficile de commenter l'approche de Paul Saladino sans avoir étudié son livre : j'y ai passé plus d'un mois à plein temps. Cela dit, c'est bien que tu partages ton expérience du "carnivorisme" à travers les tentatives d'échanges avec des "adeptes", même si j'accorde peu de crédibilité aux retours d'expérience (biais du survivant ou biais du mourant) publiés sur les réseaux sociaux. C'est dommage de mélanger ces propositions avec l'analyse à mon avis trop éloignée d'un ouvrage qui contient de nombreuses données factuelles.
Quelques points méritent donc d'être précisés. Ils indiquent certainement les failles de ma sélection d'extraits.
1) Il n'y a aucune "liste de salicylates" dans cet ouvrage, donc je ne vois pas comment l'auteur peut avoir "tout faux"… Il propose seulement une liste *non-exhaustive* d'aliments riches en salicylates, que j'ai reproduite (page 74)
."

Des végétaux toxiques?

J'attrape des petits boutons quand je lis des affirmations catégoriques qui nient l'historique de l'humanité. Saladino n'est pas le premier à énoncer que les végétaux sont des poisons. Eh oui, petit bonhomme: principe du pharmakon, remède et poison à la fois.

Je suis tombée dans le piège en 2000 quand j'ai découvert par essais et erreurs que les végétaux, à ce moment-là de mon histoire, en pleine crise de RCUH, étaient plus poisons que remèdes. J'ai suivi alors les pistes ouvertes par Emma Davies, pointue en nutrition, cas borderline en psychiatrie et eczémateuses grave, guérie aussi par l'alimentaire. Son blog a disparu, mais elle y exposait tout ce que je lis comme compte-rendu du livre chez Bernard (son ex blog: https://www.plantpoisonsandrottenstuff.info/). Il m'a fallu quelques mois de croyances dans la piste "végétaux toxiques" pour revenir à plus de sagesse, au principe du poison-remède.

C'est humain, mais ne tombez pas dans le même piège. L'humain a développé des techniques pour inhiber les poisons végétaux, dont la cuisson, la fermentation, etc. Utilisons ces bonnes techniques!

Pour ma part, grande amateur de viande, en carni je suis fort marrie question papilles. Le meilleur steak ne peut concourir face à la symphonie de saveurs que je peux trouver dans des légumes. En outre, les protéines animales me laissent une impression de dense, lourd, qui n'est contrebalancé que par la légèreté et la finesse des végétaux.

Si vous pratiquez la carnivore avec bonheur, sans aucun légume, sans aucun fruit, considérez-la comme une cure de remise à niveau. Le temps de calmer les orages intérieurs, comme on fait une cure de riz pour calmer les inflammations intestinales. Après quelques jours ou semaines, osez réintroduire des végétaux, en commençant par les plus anodins pour les intestins: les fruits, surtout pelés,surtout crus. Puis testez des légumes en commençant par la famille des courges. Si vous n'aimez pas, c'est unn cas bien différent, continuez à votre guise.

 

Autre raison de ma dent dure envers les absolutistes du sans-végé, sans-gluten, sans-laitage:

  • éviter certains aliments dans leur forme industrialisée est une bonne idée (illustration avec mon billet "Allergique aux fromages? Vraiment?" );
  • éviter les sources de glyphosate est aussi une bonne idée, le glyphosate des céréales étant ce petit poison qui vient perturber la synthèse de précieuses protéines dans les corps;
  • éviter momentanément des produits qu'on a surdosés dans un moment d'égarement (pains fromages) permet de calmer les circuits, bonne idée aussi
    c'est le coeur de mon topo "Gloutons de gluten" désormais en téléchargement libre.

Mais les démoniser en permanence ressemble très fort à la réaction de certains Bruxellois qui trouvent que "Bruxelles serait plus agréable sans les Marocains": ami glutenophobe, tu ne nous ferais pas une petite Lepenite, par hasard?

La réactivité aux légumes, à leurs principes actifs ou à leurs fibres dures est le signe que l'organisme est fragilisé. La solution: le requinquer, le ressourcer jusqu'à ce qu'il arrive à remanger de tout. J'ai cent et un témoignages de personnes que j'ai aidées en direct. Mes élèves peuvent apporter d'autres histoires de réussites. C'est mon choix éditorial et thérapeutique: utiliser l'alimentaire pour remettre sur pied les moins bien portants, dans l'objectif de pouvoir jouir de son corps. D'autres conseilleurs préfèrent les évictions, ce n'est pas mon choix.

En revanche, je n'ai pas d'expérience avec les Américains,qui sont spécialement dégradés au plan biologique: quantité sont "fucked up" selon leur élégante formulation. Je n'ai pas de retour de praticiens, car aucun à ma connaissance ne pratique selon mon principe: requinquer, puis réintroduire les "réactogènes".

L'épidémie d'obésité aux States n'est pas QUE due au fait de surmanger de la malbouffe. Voir un aperçu dans mon billet Farineux et de féculents - régimes excessifs: USA vs Europe. Profitons du fait que, chez nous, la rééducation alimentaire et physiologique est encore possible. Après une cure, de deux à six semaines, revenons au juste milieu.

Ajouter des fruits et du miel? des laitages?

Il semble que Saladino conseille désormais (2022) d'ajouter des fruits et du miel à sa version de la cure carni. Je connais en effet des profils à qui cette combinaison convient. J'en suis. Mon copain Marc aussi, lui qui, ancien obèse et victime récente de pancréatite fulgurante, s'est stabilisé avec un régime à l'instinct: viande,poissons et fruits, basta. Cela s'oppose à la pratique et l'expérience des Esmée Lafleur ("zérocarb") ou dr Schaeffer et autres carnis purs.

Mon expérience ou un petit tour sur les groupes via les réseaux sociaux: sur le terrain, peu de gens parmi les désespérés qui ont recours à des cures si dures y sont adaptés. Je reviens à mon hypothèse de canaritude: les fruits et le miel sont des sources très hautes de salycilates, ces molécules qui font flamber les hypersensibles. Ceux qui, je pense, plafonnent tant en paléo ou céto qu'ils filent vers la carnivore.

D'autres, non canaris, n'auraient pas encore stabilisé leur glycémie et les sauts d'insuline. L'apport de sucres via fruits et miel serait trop haut, pour eux. Ne pas oublier que Saladino passe son temps à surfer et à porter des haltères (j'exagère) et qu'il n'a pas de soucis familiaux, ce n'est pas le même cas de figure d'une maman débordée, épuisée par les accouchements et deux boulots, par exemple.

L'ajout de bon sens de Saladino (récent): des produits à base de lait cru. Miam! C'est aussi ma pratique du carni, d'ailleurs. Mon frigo est quasi une crémerie bio.

Regard profilage: c'est oublier le nombre incalculable de mangeurs qui, pour une raison ou une autre, surréagissent aux produits laitiers, même ancestraux. Pour l'un, sensibilité au lactose, pour l'autre à la caséine et pour le dernier aux amines de fromages affinés - quand ce n'est pas une sensibilité induite à force d'entendre la rengaine "le lait c'est du poison" (pardon à eux, mais reconnaissons par expérience que certains mangeurs sont très impressionnables). Ces sensibilités se manifestent à bas bruit, car notre corps est un système complexe merveilleux qui fait tout pour se protéger. Par moments, en cas de stress ou d'excès, ces réactivités s'expriment en migraines, urticaires, etc.

Si je devais conseiller la cure carnivore nouvelle version de Saladino, avec fruits, miel, laitages, je partirais plutôt vers la cure Nouvelle Flore, qui est LA cure pour les colopathes et qui comprend les mêmes ingrédients ou quasi. Elle est plus souple et permet une tenue au long cours sans aucune carence. Cette cure a un historique de pratique de plus de cinquante ans, chez les malades graves des intestins. Après "Quand j'étais vieille" (sur l'épuisement chronique), le topo Du gaz dans les neurones, qui contient la cure Nouvelle flore, c'est le livre qui se vend le mieux parmi mes 26 productions. Depuis plus de dix ans. Selon les lecteurs, souvent conseillé par leur médecin. Il faut croire que, sur le terrain, les praticiens en voient l'efficacité. Nul besoin d'être aussi extrême que la carni ou la cétose.

La grille de lecture en trois critères science - histoire - terrain

Mes trois critères pour filtrer les infos en nutri: la science, l'histoire et le terrain .

La science: Saladino est très fort en la matière, comme le souligne Bernard, mais il fait un peu de cherry picking, il choisit les études qui lui conviennent. Il aurait bien tort de s'en priver: *tout* le monde le fait en nutrition. Raison pour laquelle je ne me fie en général qu'à des pointures comme Chris Masterjohn et d'autres, qui dépiautent des études et vérifient le protocole, les références, les équipes, etc. Et ont la générosité de nous partager leurs analyses. A force de se limiter aux abstracts, on a vite fait de démontrer tout et n'importe quoi.

L'histoire: aïe, un joli trou dans le filet, car aucune des populations longèves et prospères que l'on a étudié ne survivait en zero carb. Même les Inuits mangeaient *d'abord* le contenu des entrailles des phoques (algues, etc.). Au passage, aucune n’a jamais vécu en cétogénique non plus, ni en végane. Et les Inuits semblent avoir une physiologie qui les empêche d'entrer en cétose facilement, selon les dernières études. Les sociétés premières ont eu le bon sens de préserver la qualité polymorphe de nos organismes humains, qui est probablement le secret de notre longévité en tant qu'espèce.

Le terrain. Notre bon docteur en médecine fonctionnelle oublie les mille et un témoignages de personnes tâtant du carnivore et victimes de selles molles pendant de longues semaines! Sans compter les autres petits dégâts qui signifient que le choix alimentaire est erroné.

 

Bernard: "C'est un peu fort de café de parler de "cherry picking" pour un bouquin qui contient plus de 700 références vers les études scientifiques. Plutôt un tombereau de cerises ! C'est d'ailleurs ce qui m'a incité à le lire et reprendre de nombreuses références. Pour donner crédit au "cherry picking", il faudrait donner des exemples d'études qu'il aurait évité de citer et qui concluent à l'inverse… Mais des études interventionnelles, pas de ces enquêtes nutritionnelles basées sur des questionnaires qui aboutissent à des corrélations aberrantes — sur lesquelles sont basées toutes les recommandations de santé publique… Je l'avais déjà signalé dans un article. Les références cités par Saladino ne font qu'illustrer un peu plus ce problème méthodologique fondamental. "

Rayon carnivore comme "panacée", voir ce qui se passe quand on n'a pas le bon profil biochimique, sur un fil reddit. Funny, non? Demander qu'on accepte un à deux mois de selles liquides "pour s'adapter"?

Certes, on lit d'enthousiasmants "I have Crohn's disease and had chronic diarrhea for years and years. I've been full carnivore for about 7 months now. It took about 6 weeks before I could trust a fart again but since then my poops have been picture perfect, I'm quite proud of them now. Such a relief to finally say goodbye to chronic gut issues!!"

J'ai soigné des victimes de maladie de Crohn graves avec la diète Nouvelle flore, qui arrête les diarrhées en quelques jours - alors qu'on y autorise quantité de glucides s'ils proviennent des légumes et des fruits.

Même en cétogénique, une des cures les plus dures, on n'a pas tant d'effets secondaires que ceux que j'ai lus chez les pratiquants de la cure carni. Ne nous laissons pas leurrer par les youtubeurs qui ne deviennent influenceurs dans le domaine que quand une cure XYZ a réussi, chez eux. Je n'ai hélas pas eu de retour en pratique pendant mes 20 ans de consultations, avant la retraite, car personne (sauf une) n'a voulu me suivre dans cette piste carni. C'était trop nouveau.

Les autres piliers de santé

En naturologie, en médecine chinoise, l'alimentation n'est qu'un des quatre piliers de votre santé. Lire mon billet "les 4 piliers".

Comme tant et tant de conseillers américains en régimes excessifs, je note que Saladino est très "physique" mais ne semble pas parler de techniques plus douces, moins "resserrantes" musculaires, comme le stretching ou le yoga? On peut aggraver son métabolisme en pratiquant des sports trop durs. Je ne connais pas son cas, mais c'est à prendre en compte.

Bernard: "Au niveau de la forme physique, je constate que tous les médecins et nutritionnistes font la confusion entre sport, entraînement et exercice. L'entraînement est utile au sport, mais seul l'exercice est indispensable à la santé. Faire du tennis n'est pas de l'exercice, on est malgré soi en compétition et donc souvent en surentraînement, même si ce n'est que "pour jouer". L'exercice, comme l'entraînement, nécessite un dosage sérieux de l'intensité, du rythme cardiaque, de la durée et de la fréquence des séances, ainsi qu'une vérification de leurs effets (voir https://lebonheurestpossible.org/exercice/).
Quand j'ai repris du poids l'an dernier, ce n'est pas les kilos (que je ne mesure plus) qui m'ont alerté, mais les 20% de perte d'efficacité (mesurée à rythme cardiaque optimal). Sans que ça me surprenne, l'efficacité est de retour avec une meilleure nutrition. Mais il suffit que j'interrompe les séances d'exercice pendant deux jours pour assister à une dégringolade : fatigue dans le dos, mauvaise posture, mauvaise marche et donc accumulation de problèmes. Les médecins qui ne savent parler que de "sport" (et souvent n'en pratiquent pas) appellent ça du "vieillissement". Pfff, si c'est pas malheureux d'entendre ça à 72 ans… Passons !
Que Paul Saladino et Chris Kresser soient adeptes de surf, c'est de leur âge, ça m'aurait certainement plu si j'avais vécu au bord de la mer… Je ne vois aucune incompatibilité entre pratiques "dures" et pratiques "douces". Le dao-yin fait partie de mon éventail d'exercice, ainsi d'autres approches qui ne visent pas du tout à "faire du muscle". Certainement loin du stretching qui a brisé la fin de carrière de danseuses professionnelles et adeptes de yoga — exemple ici : https://lebonheurestpossible.org/the-slow-burn-fitness.../"

Me trompé-je ou il semble *tout* miser sur l'alimentaire, oubliant la partie psy, méditation aussi? A l'instar de tous ses camarades conseilleurs, certes. Mais je commente ici un article sur le livre de Saladino, alors ça lui tombe dessus.

Je constate que la flambée carnivore depuis 2000 aux States suit à peu près la courbe de pollutions électromagnétiques. Y aurait-il un lien? Mon questionnement provient du fait que ma sensibilité au wifi la nuit et aux antennes de téléphonie disparaît illico avec un seul régime: le carnivore.

J'ai testé le jeûne: aucun effet. J'ai testé la paléo ou un de mes autres régimes sans farineux ni sucres: aucun effet. Carnivore fromager (ma version): je peux dormir la tête sur la box wifi! J'exagère à peine. Il se pourrait que ces mangeurs doivent recourir à un régime si extrême parce qu'ils ne se fient qu'à l'alimentaire, qu'ils sont encore fragilisés par l'e-smog, qu'ils ne combinent pas les très excellents atouts naturo de sophrologie, yoga/stretching ou méditation.

Mon hypothèse: aujourd'hui des personnes fragiles ("des", pas toutes) marquent de grandes réactivités à tout ce qui provient du végétal alors qu’il y a 15-20 ans je ne rencontrais pas ces cas. Je me demande si cela n'est pas croisé avec la pollution électromagnétique ubiquiste depuis peu .

Accessoire: est-il vraiment médecin, ou "assistant médical"? On ne s'y retrouve pas dans les diplomes des Ricains. ND naturopathic doctor est "médecin" par exemple. Aux States, on achète des diplomes à distance, aussi...

Réponse Bernard: "Saladino est médecin. S'il a passé plusieurs années en tant qu'assistant médical, il a fait ensuite 4 ans d'école de médecine plus 4 ans de résidence, et il précise bien qu'il a obtenu les diplômes en psychiatrie (pages XIX-XX)."

Etudier une biochimie statique, l'appliquer à des systèmes dynamiques complexes

Au plan gastronomique, ce régime a peu d'avenir chez nous. On comprend son succès aux Etats-Unis, pays où le discours de Saladino peut prendre: ils sont des adeptes du nutritionnisme, ils objectifient la nutrition en la découpant en calories et nutriments. Des millions d'Américains vivent en notant *tous les jours* leurs consommations et en notant les résultats algébriques, dans l'espoir de minceur, de force musculaire, ou par simple copie des pairs. Dans tous mes livres, je lutte contre cette déviance: si j'instrumentalise certes notre assiette pour aider chacun à trouver son plan alimentaire idéal, je répète que la nourriture est un lien avec l'autre, y compris l'exploitant qui l'a produite, un lien avec la nature et ses mystères, avec la terre profonde. Les aliments sont bien plus que des calories ou des sacs à nutriments.

Bernard: "On est 100% d'accord sur le "nutritionnisme" mais je n'ai pas eu besoin d'y faire allusion car je n'ai rien décelé de tel dans l'ouvrage que je commentais. En chrononutrition (selon A. Delabos) on mesure les quantités pendant la première année, mais c'est pour compenser l'absence de sensation de satiété (sensibilité à la leptine ?). Douze ans plus tard je n'ai pas besoin de balance pour vérifier que je consomme à peu près 70 grammes de fromages variés et 15 de beurre chaque matin : la satiété est redevenue mon guide.
(...)
Il y a des convergences et de fortes divergences entre mon expérience (seulement 1 mois) de diète proche du "niveau 1" du carnivore (incluant œufs et fromages) et ce que dont tu témoignes. Au niveau de la convergence, j'ai aussi constaté la disparition immédiate de crampes et la diminution progressive d'engourdissement dans les pieds liés à un retour veineux défectueux que l'exercice ne résolvait pas.
Ma seule vraie "maladie" est une tendance à la (re)prise de poids malgré les succès spectaculaires, mais pas reproduits, d'une alimentation réglée selon la chrononutrition et, ponctuellement, d'une période en cétogène. Surtout pendant l'année 2020 où j'avais adopté le "Stop & Go" et le jeûne fractionné. Je constate un effet très visible de ce carnivore "niveau 1" et m'accorde donc un an pour éliminer tout surpoids. Avec toute la flexibilité encouragée par Saladino — "l'équation personnelle de Qualité de vie" — autrement dit ne pas faire la fine gueule quand on est invité, surtout si c'est bon ! Ou de manger 100% végétal pendant 3 jours lors de l'animation d'un stage. Il suffit de compenser par de fortes rasades de vin bio  
"

Je reprends l'expression de mon cher Chris Masterjohn, nous étudions la biochimie des aliments sous leur forme statique et nous entendons en appliquer les découvertes à des humains dynamiques. Je l'ai exprimé différemment dans "Nourritures vraies", mais l'essence du discours est la même.

Masterjohn, dans ses notes de https://www.youtube.com/watch?v=JDvs2TxVLpY, que je traduis:

"Je ne pense pas que l'être humain doive s'autolimiter par un seul régime alimentaire. L'être humain est extrêmement adaptable. Je crois personnellement à l'alternance de diètes (cycling en anglais). Jeûne/ festin, régime à base de plantes et régime céto , mais aussi régime pesco et carnivore. Historiquement, nous avons traversé des cycles de régimes différents avec des variations saisonnières.

L'homme est en train de tout gâcher parce que nous avons introduit tellement de produits chimiques et aussi des modèles d'alimentation anormaux chez nos animaux. Les humains consomment beaucoup trop d'aliments transformés, utilisent de nombreux ustensiles de cuisine ou d 'usine relâchant des produits chimiques et rejettent trop de produits chimiques dans notre environnement.

En médecine et nutrition, la plupart des études sont lourdes de biais cognitifs. Ayant une formation scientifique (NB TL: Masterjohn est docteur en nutrition, et hypercompétent), je commence à douter de la plupart des publications. Nous étudions la biochimie, qui est une science très statique, et nous essayons de l'appliquer à des êtres humains dynamiques.

Il existe des variations génétiques qui peuvent interférer avec la façon dont les nutriments sont utilisés. Les voies biochimiques des humains peuvent être influencées par une utilisation excessive de suppléments et de régimes restrictifs. "

Masterjohn est une de mes références favorites pour son talent de chercheur, mais aussi parce qu'il est lui même très atypique au plan de la biochimie, victime de polymorphismes génétiques handicappants : il les surmonte avec de l'exercice physique et une alimentation modérée, ainsi que de nombreux suppléments (et là, ça se discute, mais ce n'est pas le sujet).

Les carnivores sont têtus, mais pas violents

J'ai découvert dans ce domaine du carnivorisme beaucoup d'ex véganes, comme en diète cétogénique, aussi excessive. Or, la biochimie des véganes est comme celle des anorexiques: on dirait qu'ils ont niqué des circuits métaboliques essentiels. Nous, praticiens de terrain, n'arrivons pas à les requinquer. Ils restent fragiles, réactifs à mille et une choses. D'où l'utilité du carnivorisme, qui est en fait une éviction de plein de réactogènes. Mais ce n'est pas une solution, car ils flanchent dès qu'ils en sortent. Un pansement sur une jambe de bois. Pire! Parfois ils surréagissent bien plus qu'auparavant.

Comme dans toute cure extrême, les débuts sont la lune de miel; attendons la lune de fiel.

Saladino et consorts chantent des réussites thérapeutiques fooooormidables sur des maladies autoimmunes, que j'ai obtenues chez des mangeurs avec l'une ou l'autre de mes cures, bien plus équilibrées. J'ai un peu échangé sur twitter, mais ils ne veulent pas entendre. Ils ont inventé le fil à couper le beurre et voilà. J'ai la dent moins dure contre eux que contre les gourous véganes car ils semblent bien moins violents. Têtus, mais pas brutaux.

Depuis la première version de l'article sur fb, j'ai eu l'occasion d'écouter les vidéos de Saladino en tissant. Je suis frappée qu'il prétend avoir "découvert" tant de choses, que j'ai lues bien avant qu'il n'apparaisse sur scène. Je pourrais sourcer quasi toutes ses déclarations, il en change à peine les mots d'ailleurs. Et il ne les cite pas. Pas grave, c'est un petit ego sur pattes et il défend son bifsteck. Ecoutez-le en sachant qu'il est simplement un aggrégateur de données.

Grande ouverture d'esprit, il interroge des pointures comme Masterjohn ou Kresser sur les avantages et dangers de la pratique carni. C'est vraiment par amour de mon fils que je l'ai écouté plus avant car dans ces deux entrevues il est flagrant qu'il manipule des données biochimiques complexes, comme un jeune étudiant brillant, mais sans contexte. Flagrant, car on l'entend ici en miroir de Masterjohn ou Kresser, qui maîtrisent si bien leur matière qu'ils peuvent "penser" le système et ses rouages. Saladino se contente d'aligner des mots, compliqués, probablement justes dans le détail. Mais on sent bien qu'il n'a pas une vision en hauteur de ce domaine si délicat.

En revanche ni Kresser ni Masterjohn ne sont d'aussi beaux parleurs, convaincants, entraînants. J'ai donc conseillé à mon fils de l'écouter, en gardant à l'esprit les limites de bon sens:

Ce que je signale ici chez Saladino vaut pour quasi tous les prêtres du carnivorisme. Je le prends comme exemple dans cet article.

Selon profil biochimique

Comme Bernard Bel le souligne dans ses commentaires, Saladino prend son nombril pour le reflet du monde, comme nous tous ( "nous" inclut mon être jusqu'il y vingt ans, date à laquelle la vie m'a fait comprendre le réel un peu mieux). Il semble ne pas insister sur les phénotypes et l'écoute de soi. En profilage, j'ai classifié les régimes en douze diètes possibles, pour douze cas ou profils – chacune étant regroupée dans l’une des trois classes génériques : « omnivore », « semivégétarien » ou « végétarien ».

Le nutritionnisme a ceci de particulier qu'il réifie tellement les aliments que les pratiquants croient traiter de science là où il n'y a que de l'art ( que du lard? oups pardon). Si le régime ne leur convient pas, ils sont convaincus que, soit ils ne l'ont pas pratiqué assez longtemps, soit ils ont foiré. Il ne vient à l'idée de personne que le choix de ce régime a été fait au doigt mouillé et que personne n'est coupable de l'échec.

J’ai la conviction qu’à part quelques fortes biochimies (ou quelques sujets très complémentés), chacun a *un* régime idéal parmi les douze.

Je fais partie des profils "tarass boulba" qui prospèrent en mode carnivore. Physiquement. Car, mentalement, gustativement: bleurks! On mange seul, exclu des groupes. Gastronomiquement parlant, c'est le désert des papilles. Désertification générale en vue.

Bernard: Par rapport à ton expérience, j'ai aussi une "divergence sur le goût : l'introduction des abats d'animaux m'a rappelé que ma mère, originaire de la campagne, cuisinait souvent du foie, de la cervelle, des rognons, du boudin, de la langue… Je n'ai pas ses recettes mais je me régale d'en retrouver sur Internet et de les essayer. Pas encore réussi à reproduire le "brain curry" qui a été le plus délicieux repas de ma vie, un soir au Pakistan… L'utilisation de végétaux comme simples condiments, pour le goût, et non du remplissage calorique, change complètement l'approche de la cuisine.
Pas étonnant que les humains se soient nourris sur cette base pendant 3 millions d'années. Bien sûr, le végétal a toujours fait partie de leur diète, mais pas comme source principale de protéines/graisses/calories, sauf quand la chasse/pêche n'était pas bonne, ce que les analyses récentes des couches dentaires montrent clairement. La dégradation de la santé dentaire/osseuse/immunitaire et la diminution du volume du cerveau après l'adoption de l'agriculture céréalière sont aussi des faits avérés. La question n'a jamais été "low-carb" puisqu'on connaît l'affinité de toutes les populations pour le miel et les baies sauvages. Le problème aujourd'hui, dans nos régions riches et tempérées, est que nous avons l'embarras du choix, même dans une boutique bio. Miam le chocolat (un carré par jour) 🙂
Les Inuits mangeaient peut-être les algues (prédigérées) — voir https://leti.lt/k5bj — mais ils mangeaient aussi le phoque ! De même qu'ils croquaient les feuilles de thé après avoir bu le liquide (refroidi). Question de goût, et configurations génétiques dont on ne sait si elles étaient des causes ou des conséquences de leur mode de nutrition. En tout cas, les algues il y en a chez nous sur la table, pour saupoudrer la salade, à côté du natto et des œufs de saumon.
Je suis preneur de sources sérieuses et récentes en paléo-anthropologie qui complèteront les cours de Jean-Jacques Hublin au Collège de France, les ouvrages que j'ai consultés sur ces sujets, et les discussions (à venir cet été) avec notre amie palynologue Raymonde Bonnefille qui a participé à de nombreuses expéditions en Éthiopie.
"

En mode de test, j'ai tenu ce régime à ma mode pendant 5 mois il y a 2 ans. A ma mode: boeuf, daubes d'agneau, saucisson sec bio et... laitages comme beurre, crème, fromages de type comté. Superbes effets sur mon dynamisme, sur la digestion, sur le sommeil. Aucune crampe, bizarrement alors qu'en cétogénique, malgré les compléments, le sel, le bouillon, j'ai des crampes musculaires nocturnes telles que j'ai l'impression que mes muscles vont se déchirer.

Rien sur la perte de poids, je m'en serais doutée. Rien sur l'énergie physique, je n'ai toujours pas pu reprendre le tennis sans me blesser souvent. J'accueille la vieillesse et voilà, je vieillis plus vite que d'autres. Plus de tennis: en route pour la broderie.

Le juste milieu?

Je garde cette référence du "Carnivore code" de Saladino en tout cas, car son discours vient à point pour contrebalancer la kyrielle de confettis qui sont extraits d'études scientifiques par les véganes, l'autre extrême en nutrition. Cela permettra à quelqu'un qui se questionne d'interroger les "vérités" véganes. Mais pour moi, il fait confetti comme les autres extrémistes: sur le terrain, à part sur quelques profils comme le sien et le mien, on voit bien que les végétaux ne sont pas un tel poison quand ils sont inclus dans une assiette variée, sage.

Considérer l'inverse équivaut à considérer que nos milliards d'aïeux étaient des ahuris de première, qui ont choisi de s'empoisonner avec des végétaux. Si on regarde plus près de nous, dans la chronologie de l'évolution, je connais d'autres ahuris qui eux, vraiment, s'empoisonnent avec la malbouffe à l'américaine et des "aliments" plus riches en pesticides qu'en nutriments. Quasi consciemment. Paille, poutre: vieux refrain.

Le bon sens est dans le juste millieu: utilisons ces deux régimes extrêmes comme "cures" temporaires, pour obtenir l'équivalent des effets d'un jeûne sans la perte musculaire qui survient après 48h (pardon à mon amie M. de le rappeler).

Mais méfions-nous des programmes alimentaires qui tiennent quasiment de l'idéologie et de la bannière identitaire. Comme coach, je garderais ce régime sous le coude pour aider les personnes atypiques (de type "canari" adulte) chez qui aucun autre essai n'a été probant, chez qui certains médicaments font même l'effet inverse à celui qu'on attend. Pour aider les désespérés, quoi. Car le régime carnivore est une excellente diète d'élimination: on ne loupe rien des aliments qui posent souci, on vire tout. Bims! Bien plus facile.

C'est aussi plus tentant pour certains que ma cure d'éviction majeure: "Détox' flash", qui est une adaptation de la cure Kitchiri des Indiens: du riz et du curry, en gros. Pendant cinq jours. Cette cure est détaillée dans "Gloutons de gluten" dont la version papier est épuisée. Depuis début septembre, j'en partage la version gratuite en pdf par ici, via notre portail maison.

Puis on revient à la juste mesure gastronomique, sociale, nutritionnelle: l'humain est surdoué pour s'adapter à divers environnements alimentaires. Les plus fragiles pratiqueront le "diet cycling", c'est à dire qu'ils sautilleront de diète en diète. Toute carnivore pure que je sois, il m'arrive de passer des journées entières en quasi végane. Avec bonheur.

Je mange de tout en régime de croisière mais dès que se pointe un rhume ou une angine, un stress quelconque, je fais une monodiète carni pendant quelques jours et tout repart comme en quarante. Programme que j'appliquerai si j'ai une rechute d'une de mes maladies graves (fibromyalgie, rectocolite ulcérohémorragique ou cancer). Je ne voudrais pour autant pas reprendre mon idiosyncrasie parmi la liste des monodiètes possibles pour tous ;)

Bernard: "Sur son approche en général, il insiste sur l'adaptation du style de vie aux besoins spécifiques de chaque individu, ce qui l'a motivé à rechercher une alimentation qui faisait disparaître ses symptômes associés à de l'inflammation, après avoir à peu près tout essayé. Sa méthode personnelle est basée sur des essais et observations, autrement dit l'écoute de soi.
Il ne parle pas de "phénotypes" car ce mot n'apparaît pas dans la littérature scientifique en nutrition sur laquelle il a basé son ouvrage. Ce sont des tentatives de classification, simplistes à mon avis, qui risquent surtout de provoquer des erreurs d'interprétation (paradoxe de Simpson en statistiques, voir https://www.youtube.com/watch?v=vs_Zzf_vL2I NB TL: chez le délicieux « Science Etonnante ». S'il existe des références précises et "certifiées par des pairs" sur ce sujet, je suis preneur.
C'est justement cette individuation qui démontre, comme tu l'as toujours très bien fait, qu'un "régime" convient à certaines personnes (pour la disparition de symptômes) et pas à d'autres, et que ça varie dans le temps. Cela dit, évoquer des succès personnels en matière de soin, c'est une fois de plus le biais du survivant. J'aimerais que les thérapeutes racontent aussi leurs échecs et surtout précisent comment ils évaluent le résultat de leurs interventions. Je n'en connais pas beaucoup qui rédigent des notes de suivi détaillées sur chaque patient. La plupart du temps ils n'ont aucun retour sur les échecs car les patients concernés ont changé de thérapeute — ou cessé de vivre ! Donc on ne peut pas évaluer une pratique alimentaire sur le terrain de la thérapie, sauf d'avoir essayé (comme Saladino) et de ne surtout pas généraliser son cas personnel.
Je suis sidéré de lire que des gens ont persisté dans un régime qui leur donnait la chiasse pendant des semaines ! Je me poserais des questions après 24 heures. Il est vrai que je n'ai eu de problème de transit intestinal que deux fois dans ma vie, pendant quelques heures, en Afghanistan et l'autre fois en Inde, après avoir mangé des pastèques… Pour moi, les indicateurs immédiats, directs et incontournables d'une bonne santé sont le transit "silencieux" des aliments, la régularité et la qualité du sommeil, enfin la forme physique. Les deux premiers étant certainement liés aux microbiotes et aux horloges biologiques dans une relation malheureusement très peu connue à ce jour. La chronobiologie, ce n'est pas pour les chiens…
C'est cette complexité des microbiotes et horloges qui me fait dire que les phénotypes sont une spéculation simplificatrice. Un bon exemple est cette étude de Zeevi et al. (2015) que j'ai citée sur la page https://lebonheurestpossible.org/nutrition/
"

Mille fois merci à Bernard pour le relais d'une voi qui, dans le concert "le boeuf m'a tuer", ose critiquer les voix mainstream, merci pour les traductions. Je répète mon regard particulier: Bernard vous invite à imiter son propre regard critique, offre des pistes documentées, raisonnées, sourcées; je vous offre mon contrepoint pour l'arrondi "profilage", càd l'individualisation, que ce soit au plan biochimique ou même psychologique. Nos deux lectures sont complémentaires.

Lire son article: https://lebonheurestpossible.org/carnivore-code/


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